La Fabrique juridique des swaps

La Fabrique juridique des swaps

Quand le droit organise la financiarisation du monde

Six fois et demie la valeur de la production mondiale : voilà ce que représentent aujourd'hui les marchés des swaps. Formidables outils de gestion du risque pour certains, instruments de spéculation éminemment suspects pour d'autres, ces produits dérivés lucratifs ont connu un succès fulgurant depuis leur invention au début des années 1980. Placés au rang des coupables lors de la crise de 2007-2008, ils sont emblématiques de la financiarisation de l'économie mondiale.

Aux côtés des banquiers, des acteurs plus discrets ont oeuvré pour permettre à ces contrats de flux financiers de prospérer en marge des grandes réglementations : les juristes.

Par leur travail de construction d’un langage juridique propre aux swaps, de standardisation des contrats d’échange, d’interprétation des lois et d’argumentation devant les tribunaux, les éminents cabinets d’avocats américains et internationaux ont instauré les normes de ces nouveaux marchés. Leurs techniques essaimées dans le monde entier ont prodigué à l’industrie financière une autonomie considérable. Ils ont révolutionné la culture juridique du monde des affaires.

Un voile est ici levé sur la dimension juridique, aussi déterminante que méconnue, de la globalisation financière.

Pascale Cornut St-Pierre

Pascale Cornut St-Pierre est professeure à la Faculté de droit de l'Université d'Ottawa (section de droit  civil) et chercheure associée au centre Perelman de philosophie du droit de l'Université libre de Bruxelles.