Les auteurs ont enquêté pour comprendre comment le droit peut être mobilisé non pas pour protéger les populations, mais pour les exposer à la violence. Read More
S'il est bien documenté que les régimes autoritaires légitiment souvent l’exclusion, voire l’usage arbitraire de la force, par des appels au droit, à l’ordre et à l’autorité, il semble plus provocateur d’imaginer que l’État démocratique libéral recourt lui aussi au droit pour justifier, et parfois dissimuler, la violence.
Nourris par la pensée de Walter Benjamin et s’inscrivant dans la tradition critique de l’École de Francfort, Shoshana Fine et Thomas Lindemann ont enquêté pour comprendre comment le droit peut être mobilisé non pas pour protéger les populations, mais pour les exposer à la violence. À partir, notamment, de l’analyse des discours officiels français sur les migrants tentant de traverser la Manche ou sur l’intervention militaire française en Libye de 2011, ils montrent que le cadrage d’un événement à travers le prisme de la loi permet de le rendre abstrait, de faire disparaître la complexité irréductible de l’expérience vécue, de la réduire à une catégorie généralisable. C’est ainsi que la guerre s’inscrit dans un ordre juridique nécessaire et qu’au nom du droit, des noyades dans la Manche sont présentées comme la conséquence inexorable de traversées non autorisées.
Introduction
I. La loi et la violence : d'Agamben à Benjamin
Le cadrage de la violence par la loi
La nomofication
Le droit et la légitimation de la violence
II. Le droit comme boussole morale
Les morts de migrants dans la Manche
L’opération militaire de l’OTAN en Libye
III. La loi, la violence et le problème de la pensée logique
Les morts de migrants dans la Manche
L’opération militaire de l’OTAN en Libye
IV. De la neutralisation à l’indignation : la dimension émotionnelle
Les morts de migrants dans la Manche
L’opération militaire de l’OTAN en Libye
Conclusion