Cet ouvrage éclaire les transformations silencieuses de la justice du travail et, plus largement, les conditions concrètes d'accès au droit. Lire la suite
La justice prud'homale a été instaurée pour apporter des solutions rapides à des différends entre salariés et employeurs. Après une progression continue des recours tout au long du xxe siècle, elle connaît aujourd’hui un recul inédit : entre 2010 et 2025, le nombre d’affaires — à 99 % initiées par des salariés — a été divisé par près de 2,5. Comment expliquer un phénomène aussi massif ?
À partir d’une enquête de terrain fondée sur le suivi d’une centaine d’affaires, Aude Lejeune plonge au cœur des trajectoires de celles et ceux qui hésitent, renoncent ou s’engagent malgré tout dans une procédure judiciaire. Elle met en lumière les inégalités sociales — de classe, de genre ou d’âge — qui, quelle que soit la gravité des faits, freinent l’accès à la justice et subsistent tout au long du litige. Analysant les rouages du non-recours, cet ouvrage éclaire les transformations silencieuses de la justice du travail et, plus largement, les conditions concrètes d’accès au droit.
Introduction
Des professions judiciaires aux justiciables
Un rapport au droit et à la justice doublement situé
Les trajectoires juridiques
Un droit du travail qui protège ?
Enquêter sur le rapport au droit en train de se faire
PREMIÈRE PARTIE – SE DÉFENDRE AVEC LE DROIT
Chapitre 1 – Déjudiciariser
Les conseils de prud'hommes et leur encadrement par l'État (1806-1980)
Une explosion des litiges redoutée (1980-2005)
Réguler les litiges par les réformes (2005-2026)
Une réduction des contentieux aux effets inégalitaires
Chapitre 2 – S’indigner
Les ressorts collectifs de l’indignation
Des dispositions à contester variables selon la classe et le genre
Chapitre 3 – Se débrouiller
Une consultation juridique inégalement investie
Des écarts qui se creusent
Le droit, une arme peu tranchante ?
Chapitre 4 – S’arranger avec le droit
Se faire représenter « dès que le vent tourne »
Des conseils sur mesure
Le tribunal au service de petits arrangements défiscalisés
DEUXIÈME PARTIE – SE DÉFENDRE AU TRIBUNAL
Chapitre 5 – Recourir
La justice, une institution suscitant la défiance
Des salarié·es qui saisissent la justice malgré tout
Un premier contact avec la justice qui renforce la défiance
Risques et gains : des intermédiaires qui orientent vers des procédures distinctes
Chapitre 6 – S’en remettre à son avocat·e
Des spécialistes qui deviennent incontournables
Marché segmenté et choix contraint de l’avocat·e
Les modes de remise de soi aux avocat·es
L’audience, une dépendance accrue vis-à‑vis des avocat·es
Chapitre 7 – Attendre
Attendre longtemps une rapide confrontation judiciaire
L’incertitude temporelle, réduite ou amplifiée par les avocat·es ?
Les réappropriations du temps par les justiciables
Chapitre 8 – Perdre et gagner
Perdre son procès
Gagner et perdre à la fois. Une évaluation profane partiellement déconnectée de la décision
Gagner à côté du tribunal. La politisation des salarié·es par les procès
Conclusion. Petites victoires avec le droit
Une justice du travail sabotée ?
Un rapport au droit ancré dans des trajectoires juridiques
Des victoires qui paraissent petites.
Dépossession et inégalités sociales face à la justice
Des victoires qui comptent.
Résistances et politisation des rapports de travail
Bibliographie
Remerciements
Table des matières