Du silence aux cris-L'oreille de l’ordre dans le Caen révolutionnaire (1791-1799)-Les cris dans les troubles antifiscaux du premier xixe siècle-Les ruses sonores dans les grèves d’Anzin (1833-1880)-La phonosphère de la contestation dans le sud de l’Italie à l’époque de l’unification-Voix et sons dans les camps de concentration nazis Lire la suite
Le cadrage thématique et chronologique du présent dossier, volontairement large, vise à embrasser un continuum contestataire étendu. La définition de la notion de « contestation » retenue, empruntée à différents travaux de sociologie politique, d'histoire et d’anthropologie, se veut ainsi délibérément souple et non restrictive, afin de permettre l’analyse des configurations et des usages du sonore dans toute leur diversité et ce, quelle que soit l’intensité, la forme ou la durée de la contestation. Cette conception envisage ainsi le phénomène contestataire depuis un ensemble hétérogène de pratiques, allant de formes discrètes, masquées, peu ou non organisées – « résistance quotidienne », « infrapolitique », « textes cachés » ou « empiétements silencieux » – à des formes publiques, collectives, structurées et revendicatives, telles que les révoltes, les grèves ou les manifestations. Quelles que soient les formes qu’elles empruntent, ces pratiques, portées par des acteurs individuels ou collectifs, visent à contester, subvertir ou négocier des relations de pouvoir, des structures de domination ou des décisions jugées injustes, dans des contextes géographiques et historiques variés.
Appliquée à l’étude du sonore, cette approche souple de la contestation présente un double intérêt. Elle permet d’abord de saisir le rôle joué par les sons, les voix et les pratiques musicales dans l’émergence, la structuration, la visibilisation et l’audibilité des mouvements contestataires, en prêtant attention non seulement aux aspects les plus spectaculaires et bruyants des luttes, mais également à leurs expressions plus discrètes : aux murmures, aux silences tactiques, aux communications codées qui se déploient dans les interstices du contrôle social. Elle invite aussi à interroger l’existence d’invariants, de récurrences ou d’échos, mais aussi de ruptures dans les usages sonores et musicaux de la contestation – qu’il s’agisse des formes vocales, des gestes sonores, des répertoires musicaux, des dispositifs d’écoute ou de sonorisation, ou des modalités de circulation et de réactivation de ces pratiques, au-delà des différences de contextes historiques, de temporalités ou d’intensités contestataires.
Marion Henry et Adrien Quièvre, Du silence aux cris. Éditorial
Félix Brêteau, L'oreille de l’ordre dans le Caen révolutionnaire (1791-1799)
François Ploux, Les cris dans les troubles antifiscaux du premier xixe siècle
Adrien Quièvre, Les ruses sonores dans les grèves d’Anzin (1833-1880)
Héloïse Faucherre-Buresi, La phonosphère de la contestation dans le sud de l’Italie à l’époque de l’unification
Guillaume Piketty, Voix et sons dans les camps de concentration nazis
Ariane Mak, Luttes sonores sur les docks de Londres dans les années 1940