L'intersectionnalité invite à penser la pluralité des formes de domination (en particulier sexe, race et classe) et la complexité de leurs articulations. L'intersectionnalité circule d'un contexte à l'autre, d'un pays ou d'un continent à l'autre, d'une discipline à l'autre : c'est une affaire de traduction. Lire la suite
Dans les études de genre, l'intersectionnalité est à la mode ; cependant, en même temps que dans le champ universitaire, ce mot résonne aussi dans le monde militant. Il invite en effet à penser la pluralité des formes de domination (en particulier sexe, race et classe) et la complexité de leurs articulations. S'il a d’abord été forgé aux États-Unis, dans le sillage du féminisme noir, avant de se diffuser dans d’autres langues et d’autres pays, il s’est imposé en France depuis 2005, dans un contexte européen de sexualisation des questions raciales (et de racialisation des questions sexuelles).
Ce numéro prend pour point de départ les contextes qui rendent possibles de telles circulations, avec (et depuis) ou sans (et avant) le mot, soit une manière de penser une intersectionnalité « située ». Sans se réduire au seul miroir franco-étatsunien, il s’ouvre sur le féminisme latino-américain et sur d’autres traductions, voire migrations : ainsi de l’Inde à l’Allemagne.
Il s’attache aussi à montrer l’intersectionnalité en pratique, dans sa mise en oeuvre qui revient à la traduire d’une discipline à l’autre. En interrogeant la métaphore de l’intersection, il suggère enfin que l’intersectionnalité ne renvoie pas seulement à des catégories, à des propriétés ou à des
identités : elle fonctionne aussi comme un langage du pouvoir. Les rapports de domination ne se résument pas à leur addition (ou multiplication) : ils se signifient mutuellement.
PARTIE 1 - LA CONCORDANCE DES TEMPS
> CHAPITRE 1Ce qui change et ce qui reste
Les contraintes de la contingence
Les limites de l'universalisme
> CHAPITRE 2 Anciens ou Modernes?
Ce que les Anciens disent aux Modernes
Entre Anciens et Modernes : le théologico-politique
Fortune de la modernité
> CHAPITRE 3 Le lieu du politique
En deçà de l'État
Pourquoi l'État?
Exporter l'État?
> CHAPITRE 4 Banalité du mal ? Réflexions sur le totalitarisme
Le mot et la chose
Expliquer?
Débattre
> CHAPITRE 5 Moralité de la guerre
Guerres et paix justes
Les institutions de la guerre
Le libéralisme, l’idéologie et l’inimitié
> CHAPITRE 6 La nation ou la revanche de la singularité
Les deux amours du citoyen : Gemeinschaft et Gesellschaft
Nationalisme, multiculturalisme et démocratie
Une internationale des nationalistes?
> CHAPITRE 7 L’Europe ou la logique de la généralité. Réflexions sur les dimensions de la démocratie
L’Europe manque-t-elle de politique? Les visages de la démocratie cosmopolitique
L’Europe manque-t-elle de peuple? Une autre citoyenneté
L’Europe manque-t-elle d’identité? Le lieu de l’Europe
PARTIE 2 - LES PARADOXES DE L’ÉGALITÉ
> CHAPITRE 8 Question de justice
Le libéralisme politique : une utopie réaliste
Jouer collectif : trois pluralismes
> CHAPITRE 9 Parler juste. Réflexions sur les politiques de la langue
Politiques de la langue
Principes de justice linguistique
Constellations démocratiques : cosmopolitismes européens
> CHAPITRE 10 De justes inégalités
Actions positives. La forme équitable de l’égalité?
Les divisions sexuelles de la démocratie
> CHAPITRE 11 Dedans-dehors. Redistribuer, reconnaître, intégrer
Répartir les biens, reconnaître les individus
Concorde et conflit
> CHAPITRE 12 Science et politique. L’avenir de la planète
No Future ?
Quelle politique de l’avenir?
> CHAPITRE 13 Naître et mourir. L’avenir de l’espèce
Le corps, la vie et la mort : l’intime e(s)t le politique
Peut-il exister un droit de mourir? Sacralité ou qualité de la vie?
CONCLUSION