Aux États-Unis, l'étude des incidences biographiques de l'engagement s'est constituée en véritable sous-champ de la sociologie du militantisme, notamment sur la question du devenir des étudiants investis dans les mouvements sociaux des années 1960. Toutefois, malgré le regain d'intérêt pour l'approche interactionniste et pour le concept de carrière, les études explicitement centrées sur les conséquences biographiques restent plus rares dans l'espace francophone.
Ce dossier pose la question des effets socio-biographiques de l'engagement, autrement dit des façons dont il génère ou modifie des dispositions à agir, penser, percevoir, en continuité ou en rupture avec les produits de socialisation antérieurs. C'est sous l'angle de la fabrique des trajectoires que cette question est abordée, avec pour objectif de cerner ce que l'engagement produit plutôt que, suivant une démarche plus classique, ce dont il est le produit.
Dans cette perspective, les contributions de ce numéro s'efforcent de « penser par cas » et de faire varier les échelles d'analyse, de l'individu à l'espace local et de la trajectoire individuelle aux trajectoires collectives. Cette variété de matériaux et de méthodes garantit un traitement ouvert et se veut une invitation au développement des recherches sur la socialisation militante comme processus continu, dont l'analyse suppose de prendre en compte le temps long individuel et la pluralité des « mondes vécus » par les agents sociaux.